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Soissons : La résurrection de la cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais, d'un siècle à l'autre
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SOISSONS
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| Monuments |
Regarder ces deux clichés de la cathédrale de Soissons placés côte à côte, c'est s'offrir un voyage dans le temps qui dépasse la simple comparaison urbanistique. C'est contempler le témoin silencieux d’un drame historique majeur, puis de la formidable résilience d'un patrimoine que l'on croyait perdu à jamais.
À droite, une carte postale postée en janvier 1907. À gauche, une photographie d'aujourd'hui. Entre les deux ? Un cataclysme nommé la Grande Guerre.Un avant/après trompeur : Quand le "neuf" est plus ancien que le "vieux"
À première vue, le jeu des différences semble classique :
L'environnement urbain : En 1907, la cathédrale est enserrée dans un tissu urbain dense. La rue (probablement l'actuelle rue de la Congrégation) est bordée d'arbres taillés et d'hôtels particuliers en pierre de taille. Aujourd'hui, l'espace s'est ouvert, les arbres ont disparu au profit d'immeubles résidentiels plus modernes et de zones de stationnement.
L'état du monument : Plus surprenant, la tour sud (le clocher) semble presque plus "propre" et achevée sur la photo contemporaine que sur la carte postale de 1907, où le sommet paraissait usé par le temps et amputé d'une de ses tourelles d'angle.sommet paraissait usé par le temps et amputé d'une de ses tourelles d'angle.
C'est là que réside le paradoxe de Soissons : la tour que nous admirons aujourd'hui n'est pas celle de 1907 qui aurait traversé le siècle, mais une reconstruction intégrale.
1914-1918 : Le martyre de la pierre
Pour comprendre ce saut temporel, il faut imaginer l'impensable. Située à proximité immédiate de la ligne de front pendant la Première Guerre mondiale, la ville de Soissons subit des bombardements d'artillerie intensifs et répétés de la part de l'armée allemande. La cathédrale, point culminant de la vallée de l'Aisne, devient une cible stratégique et tragique.
Le coup de grâce survient en 1918. Des tirs d'obus d'une violence inouïe pulvérisent littéralement la tour sud — celle-là même qui domine fièrement la carte postale de 1907. La nef s'effondre, les voûtes sont éventrées sur toute leur longueur, et la grande rose occidentale vole en éclats. Autour du monument, le quartier historique que l'on aperçoit à droite de la vieille image est entièrement rasé.
Au lendemain de l'armistice, la cathédrale n'est plus qu'un squelette de pierre au milieu d'un champ de ruines.
Le saviez-vous ? Les dégâts étaient si colossaux qu'une partie de l'opinion et des experts de l'époque pensait le monument définitivement perdu et irrécupérable.La reconstruction : Vingt ans de prouesses techniques
Pourtant, le choix est fait de redonner vie au chef-d’œuvre gothique. Sous la direction d'Émile Brunet, architecte en chef des Monuments Historiques, un chantier titanesque s'ouvre en 1919. Il durera près de vingt ans.
Pour rebâtir la nef et consolider la tour, les ingénieurs doivent innover. Le bois de chêne manquant cruellement au sortir de la guerre, c'est le béton armé qui est choisi pour recréer la structure invisible de la charpente, une véritable révolution technique pour un édifice médiéval. La tour sud est minutieusement remontée, pierre par pierre, en s'appuyant sur les plans anciens et... sur des photographies comme notre carte postale de 1907.Un symbole de résilience
Aujourd'hui, la cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais a retrouvé sa superbe. Si les blessures de l'histoire ont été gommées de sa façade, l'environnement, lui, garde les stigmates de cette reconstruction forcée : les maisons modernes en brique et enduit blanc qui font face au monument sont nées de la reconstruction des années 1920 et 1930.
Mettre en regard ces deux images, ce n'est donc pas seulement constater le passage du temps ; c'est mesurer la fragilité de notre patrimoine face à la folie des hommes, et la force de la volonté humaine lorsqu'il s'agit de faire renaître la beauté des cendres. |
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