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Les Grandes Orgues de Soissons : La Voix Ressuscitée de la Cathédrale
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SOISSONS
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Si la cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Soissons impressionne par son architecture gothique épurée, elle possède également une âme musicale unique. Suspendues au-dessus de la nef, ses Grandes Orgues racontent une histoire de destruction, de génie artisanal et de renaissance.
Voici le destin de cet instrument exceptionnel, considéré comme l'un des joyaux du patrimoine de la vallée de l'Aisne.Le drame de la Grande Guerre
Au début du XXe siècle, la cathédrale résonne grâce à un magnifique orgue conçu par le célèbre facteur d'orgues Joseph Merklin, l'un des grands rivaux de Cavaillé-Coll. Malheureusement, Soissons se retrouve en plein cœur des combats de la Première Guerre mondiale. En 1918, sous le déluge des bombardements qui ravagent la nef et les voûtes de l'édifice, l'instrument de Merklin est totalement pulvérisé. La cathédrale devient alors silencieuse pour de longues décennies.Le chant du cygne de Victor González
Il faudra attendre l'après-seconde guerre mondiale pour que le projet de reconstruction des orgues voie enfin le jour. En 1949, l'État français confie cette tâche monumentale à Victor González, l'une des figures les plus importantes de la facture d'orgues néo-classique en France.
Ce chantier soissonnais revêt une importance toute particulière : il s'agit de la toute dernière œuvre du maître artisan. González y jette toutes ses dernières forces et son savoir-faire pour concevoir un instrument monumental, capable de remplir les volumes colossaux de la cathédrale.Une inauguration magistrale
Le grand jour arrive enfin en 1956. Pour célébrer la renaissance de ce phénix de bois et d'étain, la ville fait appel à une véritable légende de la musique française : Marcel Dupré.
Organiste titulaire de l'église Saint-Sulpice à Paris et alors directeur du prestigieux Conservatoire national de musique, ce compositeur virtuose fait vibrer pour la toute première fois les tuyaux de la nouvelle œuvre de González. Ce jour-là, la voix de la cathédrale de Soissons est officiellement retrouvée.
Aujourd'hui encore, cet instrument de transition, à la croisée des esthétiques classique et moderne, continue d'émerveiller les mélomanes lors des offices et des concerts, portant en lui le souvenir des artistes qui l'ont fait naître.Le grand orgue de la cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Soissons est un chef-d'œuvre de la facture néo-classique, un style qui cherchait à fusionner la clarté des orgues de l'époque baroque avec la puissance et les nuances des orgues romantiques.
Voici les caractéristiques techniques détaillées de cet instrument monumental :Structure et Claviers
Le nombre de claviers : L'orgue comporte 3 claviers manuels indépendants de 61 notes chacun.
Le pédalier : Un pédalier « à l'allemande » (concave) de 32 marches.
Les jeux et les rangs : L'instrument est doté de 62 à 67 jeux (variations de timbres) répartis sur 90 rangs (rangées de tuyaux).Les Tuyaux
Bien que le nombre exact de tuyaux fluctue légèrement selon l'inventaire précis des extensions de la pédale, cet instrument en compte environ 5 000.
Le buffet se divise en deux structures principales :
Le Grand Corps : Il abrite la spectaculaire « Montre de 16 pieds » en étain (les grands tuyaux de façade en V) encadrée par d'immenses tuyaux en bois de la Flûte de 32 pieds.
Le Positif de dos : C'est le petit buffet suspendu dans le vide à l'avant de la tribune, décoré par les tuyaux de la Montre de 8 pieds.La Transmission : Un choix technique rare
C’est le point le plus insolite de la construction de Victor González en 1956. Alors que les années 50 ne juraient que par le « tout électrique », González a préféré un système mixte unique pour préserver la sensibilité du toucher du musicien :
Traction mécanique assistée par « machines Barker » : Pour les 3 claviers manuels. Ce système pneumatique inventé au XIXe siècle aide l'organiste à enfoncer les touches sans effort, malgré la taille immense de l'instrument.
Traction électrique : Utilisée pour l'alimentation du pédalier, le tirage des registres (les boutons de jeux) et la boîte expressive du Récit.
Triste note historique : Dans la nuit du 12 au 13 janvier 2017, une violente tempête a fait s'effondrer la rosace ouest de la cathédrale. Les pierres et le vent se sont engouffrés directement dans l'orgue, brisant une grande partie de la tuyauterie de González et le rendant muet. Un projet d'envergure est mené pour rendre à terme sa voix à la cathédrale. |
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