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L'énigme de la façade nue : Quand l'Histoire a dépouillé la cathédrale de Soissons

L'énigme de la façade nue : Quand l'Histoire a dépouillé la cathédrale de Soissons SOISSONS
Monuments
Située au cœur de l'Aisne, la cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Soissons est un chef-d'œuvre de l'architecture gothique. Pourtant, un détail frappe immédiatement le visiteur qui s'arrête sur son parvis : la nudité presque totale de sa façade occidentale. Contrairement aux portails richement sculptés de Reims, d'Amiens ou de Notre-Dame de Paris, celle de Soissons offre des lignes épurées, vides de statues. Ce dépouillement n’est pas un choix architectural d'origine, mais la cicatrice de deux traumatismes historiques majeurs.

Les assauts des Guerres de Religion (1567-1568)
Au XIIe et XIIIe siècles, lorsque la cathédrale s'élève, elle subit le programme iconographique classique du gothique flamboyant et rayonnant, arborant de nombreuses statues de saints, de rois et de figures bibliques.

Le premier grand bouleversement survient à l'automne 1567, en pleines Guerres de Religion. Les troupes huguenotes (protestantes) s'emparent de la ville de Soissons. Dans un élan d'iconoclasme — le rejet des images religieuses considérées comme de l'idolâtrie —, la cathédrale est mise à sac. Durant plusieurs mois d'occupation entre 1567 et 1568 :

Le riche mobilier intérieur et les boiseries sont livrés aux flammes.

Les statues des portails extérieurs sont mutilées, décapitées ou arrachées de leurs niches.

Malgré la violence du choc, l'édifice conserve à l'époque quelques vestiges et éléments sculptés qui traverseront les décennies suivantes.Le coup de grâce de la Révolution : L'épisode théophilanthrope (1798)
Le destin de la façade bascule définitivement à la fin du XVIIIe siècle. Alors que la Révolution française a déjà nationalisé et fermé de nombreux édifices religieux, l'année 1798 marque un tournant pour la cathédrale de Soissons. Elle devient le lieu d'occupation des théophilanthropes.

Qu'est-ce que la Théophilanthropie ?
Apparu sous le Directoire, ce courant spirituel et philosophique cherchait à remplacer le christianisme par une « religion naturelle » basée sur le culte de Dieu (Théo) et l'amour de l'homme (Philanthropie).

Durant leur année d'occupation, les théophilanthropes décident d'effacer les derniers symboles de l'ancien culte et de la féodalité visible sur l'édifice. Ils procèdent à un nettoyage radical de l'extérieur : toutes les sculptures restantes de la façade sont méthodiquement ôtées.Un témoignage historique unique
Aujourd'hui, la façade de la cathédrale de Soissons se dresse comme un livre d'histoire à ciel ouvert. Si ce dépouillement prive l'amateur d'art des dentelles de pierre typiques du Moyen Âge, il confère à l'édifice une pureté géométrique et une majesté presque moderne. Cette "façade nue" est devenue, au fil du temps, la signature visuelle et le symbole de la résilience de la cité soissonnaise face aux tempêtes de l'Histoire.
 

L'énigme de la façade nue : Quand l'Histoire a dépouillé la cathédrale de Soissons
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