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Cérémonie à la gendarmerie

Cérémonie à la gendarmerie SOISSONS
Guerre 39-45
Le 27 mai 2010 à 15 heures une cérémonie en l'honneur du capitaine Henri Descamps et de Daniel Douay ( et à la mémoire de tous les résistants Soissonnais) c'est déroulée à la gendarmerie de Soissons.


Discours de M.René Verquin :

Réseau Musée de l'Homme

Groupe Vérité Française

C'est peut-être la dernière fois que, dans cette caserne, la Municipalité et la Gendarmerie de Soissons honorent, ensemble, le chef d'escadron Henri Descamps, commandant la section de gendarmerie dès juillet 1940.
Il est projeté en effet de regrouper au niveau national, dans une même journée, devant un monument local unique, les manifestations à la mémoire des résistants, de 1940 à la Libération du territoire.
C'est un honneur pour moi de participer à ce devoir de mémoire envers le père de mon camarade d'école, Pierre Descamps, en ce 70° anniversaire de l'éclosion des premiers réseaux de résistance à l'ennemi, en évoquant le groupe Vérité Française.
Ce groupe fut initié à Soissons par le transporteur Daniel Douay qui, dès son retour d'exode, en août 1940, prit contact avec le réseau Musée de l'Homme, créé à Paris au nom de la France Libre par le BCRA, Bureau Central de Renseignements et d'Action.

La solennité de la présente commémoration est rehaussée par la présence de quelques uns des fils, petit-fils et proches parents de deux des chefs de la section soissonnaise de Vérité Française, réunis pour la première fois depuis 70 ans environ. Je les remercie de leur présence et je sais gré à la municipalité de Soissons d'avoir facilité cette réunion.
En été 1941, le réseau Vérité Française fut dénoncé à la Police allemande, démantelé en novembre avec l'arrestation de la majorité de ses membres, dont la section soissonnaise, puis anéanti en août 1942, avec l'arrestation à Paris de Germaine Tillion, membre fondateur du réseau Musée de l'Homme, qui fut le premier bataillon tombé, d'un bloc, aux mains de l'Occupant, avec les premiers jugés pour être exécutés ou déportés.
C'est ainsi que le 25 novembre 1941, une quinzaine de patriotes soissonnais, et quelques épouses, sont arrêtés par la Police allemande de Paris avec l'appui, impérativement exigé, d'agents de Police soissonnais maintenus dans l'ignorance de l'ampleur de ces arrestations.
Ils sont internés, interrogés, certains torturés, tous jugés et, hormis les quelques rares renvoyés chez eux, dont une erreur de patronyme, exécutés en France, en camps de concentration ou en forteresse. Aucun n'a parlé.
Si le capitaine Descamps bénéficie de quelque honneur, ses camarades du même réseau, civils pour la plupart, sont restés jusqu'ici, anormalement dans l'oubli.
Pour réparer un peu cette omission, rappelons simplement leur nom :

Madame Pierre,
Les frères Débruyère,
Les couples: Descamps, Douay, Dufour, Vogel.

Messieurs: Coquelle, Couverchon, Jordana, Meurghe, Moreau, Leseigneur, Louys, Pluche, Suray.


Votre patience va être sollicitée, après un étrange oubli depuis la Libération, pour l'évocation du souvenir de Daniel Douay, faute de pouvoir le faire pour chaque membre du groupe.
D'autant qu'il faudrait évoquer ceux non identifiés par les allemands, qui ont pu poursuivre l'action individuellement, sans structure, comme Jeanne Jauquet que les instances juives ont, plus tard, déclarée Juste.

Daniel Douay, héros décoré de l'Armée d'Orient 14-18, était transporteur à Soissons, avenue de Reims.
En mai 1940, c'est l'exode. Il emmène en camion, sa femme, ses six garçons et quelques amis vers l'île d'Yeu, pour attendre et voir.
Eh bien non ! Et sa décision est rare. A mi-chemin, sur la Loire, une fois sa famille assurée d'aller à bon port, il l'abandonne et revient à Soissons offrir ses services et son camion. Sous la menace de la percée des chars allemands, il participe à l'exode des derniers habitants et à la sauvegarde des archives administratives vers St Lunaire. Sa mission accomplie, il rejoint les siens en Vendée.
Le 15 juin 1940, les Allemands entrent dans Paris. Le nouveau gouvernement obtient l'armistice. Tout le monde est soulagé.
Le 18, De Gaulle, relançant la lutte, allume la flamme de la résistance.
En août, dès son retour à Soissons avec sa famille, Daniel Douay prend contact avec quelques amis pour agir. Humaniste par l'action, il veut aider.
Et le domicile des Douay devint le passage obligé d'une vaste filière entre Belgique et France du Sud-Ouest. De nombreux évadés témoigneront de cette voie de la liberté qui déjoua la répression de la Gestapo.
En fait, ces rencontres et réunions secrètes chez les Douay et Descamps dureront, malgré le danger, jusqu'aux arrestations de novembre 1941. Car en août 1941," Musée de l'Homme"envoie à Daniel Douay, un jeune belge traqué par la Gestapo qui veut passer en zone libre. On le teste par prudence et on l'adopte par pitié.
Or, c'est une taupe, de la Gestapo parisienne, qui va subtilement identifier et vendre tout le réseau. A son arrestation en 1945, il sera rendu responsable de l'incarcération de près de 1000 personnes dont 400 furent fusillés ou périrent en déportation.
Le 27 octobre 1942, les soissonnais Douay, Louys et Vogel sont fusillés à la caserne Balard avec quelques parisiens.
Dans un dernier message avant son supplice, Daniel Douay avait remercié ceux qui l'avaient aidé et conjuré ses six fils d'aimer comme lui, la Patrie et Dieu. Il concluait :
« Soyez toujours Français, et...n'ayez pas de vengeance pour personne.
Plus qu'un message, ses dernières volontés !

Revenons au gendarme Henri Descamps, qui nous accueille ici.
Né en 1906 à Fromelles dans le Nord, il fait son service en 1926 et rengage en 1929 comme sergent.
Elève-officier à Saint Maixent à l'Ecole Militaire d'Infanterie et des Chars de Combat, il en sort sous-lieutenant en octobre 1932, promotion La Tafilalet.
Il entre à l'Ecole d'Application de la Gendarmerie de Versailles avant d'être affecté comme lieutenant, à Le Quesnoy, puis à Valenciennes.
En 1939, c'est la guerre. Il est volontaire pour les Corps Francs.
Promu capitaine le 15 mars 1940, il commande le 56° GRDI 1, avec lequel il participe à de nombreuses reconnaissances,... donnant à ses cavaliers un très bel exemple de bravoure et de maîtrise de soi.
Son unité est opposée à la 1°Panzerdivision allemande. Mais il échappe à l'encerclement et tout en combattant, parvient à gagner la Zone Libre, avec hommes, armement et véhicules.
Après ces combats de mai-juin 1940, le capitaine Descamps est affecté à Soissons, aux ordres du nouvel Etat Français.
Mais comme le rappelle le colonel Derré « Fils du Nord, il avait 8 ans en 1914,... il n'a pas oublié. Cette nouvelle occupation du pays, il la ressent comme une souillure sacrilège. Elle lui est physiquement intolérable. Sa détermination ne peut faire aucun doute, elle s'inscrit comme une ligne fatale et inexorable. Son tempérament ardent ne lui permet pas d'attendre, il est disponible pour l'action ».
Pierre, son fils, m'a proposé ce complément de motivations « Chrétien pratiquant profond, il rejeta l'armistice. Il aurait combattu n'importe quel ennemi de la France... Et dès l'avant-guerre, il s'était insurgé contre l'hitlérisme païen, pourvoyeur de paganisme.»
Il aurait sans doute à la longue, ajusté ses opinions s'il avait survécu aux tortures et pu connaître le panel complet de la perversion hitlérienne. Mais avant fin 1942, la majorité des français est encore fataliste-légitimiste, et ne soupçonne guère les sinistres réalités.
Or, le capitaine Descamps n'est pas fataliste et dès septembre 1940, il applique son savoir militaire et devient l'animateur des opérations organisées dans l'ombre avec ses camarades du groupe Vérité Française,
pour la récupération des armes abandonnées par les troupes françaises,
pour les renseignements destinés à Londres,
pour les débuts du sabotage,
pour l'aide aux victimes de l'occupant ou spoliées lors de l'exode,
aux soldats français refusant l'exil en Allemagne,
aux proscrits privés de droits et de secours,
aux juifs en mal de trouver une solution de survie,
à ceux qui veulent rejoindre Londres, lycéens, pilotes alliés abattus,etc,
à ceux qui ont besoin de nouvelles identités,
en bref, à tous ceux qui ont besoin de n'importe quoi.
Et ce, jusqu'au 25 novembre 1941 où la Police allemande investit la gendarmerie de Soissons. Le capitaine Descamps tente de s'échapper. Une rafale allemande l'atteint.
C'est le début de son calvaire, les interrogatoires, la torture.
Le 15 avril 1942, s'ouvre devant le tribunal militaire du Gross-Paris, siégeant à Fresnes, le premier grand procès d'un réseau de la Résistance. Le capitaine Descamps est condamné à mort, mais déporté en Allemagne en septembre.
Bénéficiant d'un bref sursis, il survit à son ami Daniel Douay, jusqu'au 5 décembre 1942 où, sur ordre personnel d'Hitler, il est décapité dans les fossés de la citadelle de Brandenburg.
Il est, à titre posthume, promu chef d'escadron et le 20 mai 1947 nommé chevalier de la Légion d'honneur 2, ainsi que chef d'escadron FFI.
En 1946, la caserne de gendarmerie de Valenciennes prend son nom.
En 1958, ses cendres sont ramenées à la nécropole du Struthof.
Le 6 juillet 1965, son nom est affecté à la promotion 1964-65 de l'école des officiers de Gendarmerie de Melun.
Une rue de Soissons honore son nom et ici, une plaque.

Mais, alors que la plupart des postulants au titre de résistants avait obtenu, dès la Libération, toutes attestations utiles, les survivants et les veuves de ce premier réseau de 1940, n'obtinrent la conclusion de leurs droits que beaucoup plus tard.
Mme Douay que l'arrestation avait laissée sans ressource avec six fils, s'engagea comme son mari, ce qui lui valut le grade de lieutenant en résistance. Mais son dossier ne sera forclos qu'en 1952, 10 ans après.
Et le dossier de Mme Descamps, en 1956, 14 ans après.
Pour conclure, en accord avec les convictions du capitaine Descamps, retenons le message de Daniel Douay ...
N'ayez pas de vengeance pour personne.
Consigne de pardon certes, mais non celle de l'oubli.
René Verquin, vice-pdt SAHS

Aujourd'hui, la caserne de Valenciennes qui porte le nom du capitaine Descamps, semble désaffectée. Ne voilà-t-il pas l'occasion pour Soissons de postuler au passage du témoin dans notre course au devoir de mémoire ?











Photo:
M René Verquin président de la société historique de Soissons pendant son discours mémoriel
 

Cérémonie à la gendarmerie
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