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Louis Juchault de Lamoricière : Un destin militaire et politique du XIXe siècle

Louis Juchault de Lamoricière : Un destin militaire et politique du XIXe siècle PROUZEL
Histoire
Figure marquante de l'histoire de France, le général Louis Juchault de Lamoricière a mené une double carrière, brillant d'abord sur les champs de bataille avant de s'engager dans l'arène politique.
Ses origines et sa fin de vie
Né à Nantes le 5 février 1806, il a terminé ses jours dans la Somme. Il s’est éteint le 11 septembre 1865 au château de Prouzel, une propriété appartenant à son épouse. C’est ce lien avec la commune de Prouzel qui ancre aujourd'hui sa mémoire dans le patrimoine local de la région.

Un parcours entre sabre et politique
L'officier militaire : Il s'est illustré de manière significative au cours de la conquête de l'Algérie (notamment lors de la prise de Constantine en 1837 et la reddition d'Abd el-Kader en 1847), devenant l'un des généraux les plus en vue de son époque.

L'homme d'État : En parallèle, il s'est tourné vers la politique sous la Deuxième République. Élu député, il a même occupé la fonction de ministre de la Guerre en 1848. Son opposition farouche à Louis-Napoléon Bonaparte (le futur Napoléon III) lui vaudra d'ailleurs d'être arrêté lors du coup d'État de 1851 puis exilé.
Pendant la révolution de 1848, Louis Juchault de Lamoricière se retrouve propulsé au cœur d'une des périodes les plus explosives de l'histoire de France. Son rôle va rapidement basculer d'intermédiaire malheureux à celui de bras armé de la répression.

Voici comment son année 1848 s'est articulée, du cœur des barricades aux bancs du gouvernement :
. Février 1848 : Le jour où tout bascule
Au début de l'insurrection en février, le roi Louis-Philippe tente le tout pour le tout pour calmer le peuple parisien en colère. Il nomme un nouveau gouvernement et confie à Lamoricière le commandement de la Garde Nationale de Paris.

Pensant que sa popularité de général d'Afrique suffira à apaiser les esprits, Lamoricière se rend en uniforme au milieu des insurgés pour leur annoncer des concessions politiques. C'est un échec total :

Les insurgés refusent de l'écouter.

Son cheval est tué sous lui.

Il est blessé et manque de peu d'être lynché sur les barricades.
La monarchie s'effondre le jour même, laissant place à la Deuxième République. Juin 1848 : La tragédie des "Journées de Juin"
En juin 1848, la fermeture des Ateliers Nationaux (un programme de soutien aux ouvriers chômeurs) déclenche une immense révolte ouvrière à Paris. Le gouvernement républicain panique et donne les pleins pouvoirs au général Cavaignac pour mater l'insurrection.

Lamoricière, fervent républicain mais viscéralement attaché à l'ordre, est chargé de commander les troupes dans les secteurs les plus chauds de Paris (notamment autour de la Bastille et du faubourg Saint-Denis). La répression est terrible : les combats de rue font des milliers de morts, et Lamoricière y acquiert une réputation de chef implacable..De l'armée au ministère de la Guerre
Juste après avoir brisé la révolte de juin, le général Cavaignac prend la tête du pouvoir exécutif. Pour le remercier et stabiliser le pays, il nomme Lamoricière ministre de la Guerre le 28 juin 1848.

Pendant un peu plus de cinq mois, Lamoricière gère un ministère difficile :

Il réorganise l'armée après les traumatismes des combats de rue.

Il encadre le début de la colonisation agricole en Algérie en y envoyant des milliers d'ouvriers parisiens volontaires (ou poussés au départ après les émeutes).

Le tournant de décembre 1848 : En décembre, Louis-Napoléon Bonaparte (le futur Napoléon III) est élu président de la République. Lamoricière, qui se méfie profondément des ambitions impériales de Bonaparte, quitte son poste de ministre. Il reste député d'opposition jusqu'à ce que ses craintes se réalisent : lors du coup d'État du 2 décembre 1851, il fait partie des premiers hommes politiques arrêtés et exilés par le futur empereur.Après son arrestation lors du coup d'État du 2 décembre 1851, Lamoricière est banni de France par Napoléon III. Commence alors pour lui un exil de plusieurs années qui va prendre une tournure totalement inattendue : le général républicain va se transformer en défenseur du Vatican.

Voici les grandes étapes de cette fin de carrière hors du communLes années d'errance en Europe (1852–1860)
Interdit de séjour en France, Lamoricière voyage en Europe. Il s'installe d'abord en Belgique, puis voyage en Angleterre et en Allemagne. Durant cette période, cet homme d'action ronge son frein. Profondément catholique, il traverse une phase de retour intense à la foi, ce qui va grandement influencer la suite de son parcours.1860 : Au service du Pape (Les Zouaves Pontificaux)
En 1860, l'Italie est en plein processus d'unification (le Risorgimento). Les troupes piémontaises menacent d'envahir les États de l'Église (les territoires contrôlés par le Pape). Le pape Pie IX fait alors appel à Lamoricière pour réorganiser et commander l'armée pontificale.

Lamoricière accepte par conviction religieuse et crée un corps de troupe resté célèbre : les Zouaves Pontificaux.

Inspiré des unités qu'il avait commandées en Afrique, il leur donne un uniforme mémorable (veste courte et large pantalon bouffant gris et rouge).

Ce corps est composé de volontaires catholiques venus de toute l'Europe (notamment beaucoup de nobles bretons et vendéens, mais aussi des Belges et des Néerlandais).La bataille de Castelfidardo : L'ultime combat
La confrontation avec l'armée piémontaise, largement supérieure en nombre et en équipement, a lieu le 18 septembre 1860 à la bataille de Castelfidardo.

Malgré le courage des Zouaves, l'armée du Pape est écrasée. Lamoricière parvient à se replier sur Ancône, où il doit capituler quelques jours plus tard après un siège héroïque. Cette défaite scelle la perte de la majeure partie des États du Pape, qui sont annexés au nouveau Royaume d'Italie.Le retour en France et la fin de vie
Après cet échec militaire, Napoléon III l'autorise enfin à rentrer en France. Fatigué, vieilli prématurément et marqué par ses blessures, Lamoricière se retire définitivement de la vie publique et militaire.

Il passe ses dernières années dans le calme de la Somme, au château de Prouzel, se consacrant à des œuvres de charité chrétienne jusqu'à sa mort subite en 1865, à l'âge de 59 ans. Son monument funéraire, un magnifique cénotaphe financé par une souscription internationale, se trouve aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes.


Photo: Statue du Général louis Juchault de Lamoricière prise à Machecoul (Vendée) en 2012.
 

Louis Juchault de Lamoricière : Un destin militaire et politique du XIXe siècle
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